Les bienfaits de :

 

« La voiture balai »

 



 

Denise fille d’Alain

 



 

Octobre 1981.

 

J’ai dix ans, je viens de passer mes grandes vacances scolaires chez mes grands-parents maternels à la campagne en Haute-Loire.

 

Mes parents viennent de se séparer, et si dans cette petite ville retirée au fond de l’Auvergne le DIVORCE était encore mal vu ; pour moi c’était enfin la VIE qui commençait. J’ai très peu de souvenirs avant cette date de ma vie avec mes parents.

 

J’ai fait ma rentrée scolaire dans un village et bien sûr une école inconnue. Pour moi la discrète et timide, c’est une véritable épreuve. Mais quel calme, quelle joie, plus de cris plus de dispute. Je VIS

 



 

Je pensais que la vie commençait mais en fait j’étais partagée entre un père qui se débattait avec les sautes d’humeur d’une compagne-enfant, son propre mal-être et ses appels au secours (« mini » tentative de suicide et les boissons alcoolisés).

 

Et une mère qui voulait vivre une jeunesse qu’elle n’avait pas eue (sortie au cinéma ou en boite avec les copains) très vite je devins une adulte responsable de quatre enfants.

 

Tout naturellement je me suis retrouvé à « la tête » de la famille. J’aidais mes deux sœurs et mes deux frères pour faire les devoirs, leurs préparer à manger, la toilette pour les plus jeunes…. Aussi bien chez ma mère que lorsque nous étions chez mon père. Au cours de mes 14 ans mon père eu un autre enfant. Nous accueillîmes un garçon de plus dans notre fratrie.

 

A l’âge de 16 ans j’ai voulu tout plaquer. Entre ma mère qui nous dépeignait notre père comme un moins que rien, elle-même qui était plus souvent avec ces amis qu’avec nous, mes frères et sœurs à charges bien que tous m’obéissaient sans rechigner, je n’en pouvais plus.

 

N’étant pas majeure, ma mère me menaça de me faire mettre sous la garde de mon père. Ne voulant pas abandonner mes « petits », je veux dire par là mes sœurs et frères, je fis la seule chose que je pouvais faire pour pouvoir me libérer un peu : me débarrasser de mon père. Je le fis par une terrible lettre et ne le revis plus jusqu’à mes 25 ans.

 

Pendant la période que je viens de décrire, de mon enfance jusqu’à la jeune femme que j’étais devenue, je ne comprenais pas cette faiblesse qu’il avait, lui le père, cet homme fort, sur qui la famille doit s’appuyer, sur qui l’on peut compter. Il devrait être là à nous élever. Mais non, il préférait son alcool. Voilà ce que pensait cette petite fille que j’étais, remplie des idées dont la société lui bourrait le crâne.

 



 

Mes amies se plaignaient constamment de leur père.

 

Moi je l’aurais bien voulu ce père pot de colle qui les accompagnait jusqu’à la porte du collège et qui, quel honte, leur réclamait une bise devant tout le monde.

 

Moi, femme-enfant, devenu mère par intérim à 10 ans, travaillant à 17 ans pour que mes sœurs et frères puissent faire des études je l’aurais bien voulu ce père aimant et protecteur sur lequel elles ronchonnaient si souvent.

 

Moi, les seules choses que j’avais de lui c’était les souvenirs d’une larve, les images d’une personne avec un verre d’alcool, (bien que je ne l’ai jamais vu boire) agrémentés de compagnes qui ne le soutenaient pas et surtout ne le mettaient pas en valeur.

 

Pour moi j’avais un père qui était faible, donc je n’en parlais pratiquement jamais.

 

Je faisais La forte disant qu’on pouvait vivre sans Papa. Allant même jusqu’à dire qu’il n’était plus là.

 

A 20 ans, ma mère me fis « mère par intérim » d’un petit garçon qu’elle eut sur le tard.

 

Je loupais complètement mes études et mon adolescence ne fus pas fabuleuse.

 

Avec mes frères et sœurs nous nous étions constitué un rempart, afin de vivre le plus joyeusement possible.

 



 

A 25 ans je devins vraiment la Maman d’un joli poupon et grâce à mon mari je repris contact avec mon père. Il fut là quatre ans après, à la naissance de notre petite fleur. J'ai pu voir les étoiles dans les yeux de ce papy. Car s’il n’a pas pu être un super Papa il est un merveilleux grand-père.

 



 

L’année 2013 fût terrible pour nous Tous.

 

Dès que ma belle-sœur me prévint de la disparition de mon frère je pris les choses en mains, secondée par mes sœurs et deux de mes frères. Nous ne laissâmes à notre mère et notre père que le fait de se souvenir qu’ils étaient les parents d’un enfant qu’ils n’avaient pas vu grandir. L’un accaparé par l’alcool, l’autre par sa jeunesse perdue. Pour nous ils en avaient oublié les enfants qu’ils avaient conçu ensemble et je pense que c’était une façon de le leur rappeler.

 

Ce fût surement très humiliant d’être tenu à l’écart des préparatifs pour lui dire au revoir.

 

Ce qui n’a pas dû arranger les choses vis à vis de l’alcool pour toi Alain.

 

Deux mois plus tard, la maladie fit que maman rejoignit son fils. Ce fut très dur.

 

Mon père fut très touché, ils avaient tout de même partagé 10 ans de leur vie ensemble et elle était la Maman de cinq de ces enfants.

 



 

Malgré ces drames mon père rencontre l’amour. Pourtant lors d’une de nos visites nos soupçons se confirment : notre père boit de nouveau ou toujours.

 

Une réunion s’en suit, ou nous exprimons notre colère.

 

« Tu dis être heureux de nous avoir autour de toi, d’être amoureux de ta nouvelle compagne et pourtant tu bois ? Rien n’est logique »

 

Nous nous en prenons aussi à sa futur épouse, étant divorcée d’une personne qui buvait, pour nous elle aurait dû voir les symptômes.

 

Mais lors de cette réunion jamais il a été abordé que moi aussi j’avais été hypocrite. Lorsque mon père est venu s’installer en Haute-Loire pour sa retraite, je m’étais aperçue de ces pertes de mémoire, de l’essoufflement, des bégaiements, …etc. je les avaient vus ou entendus. Les signes étaient bien là.

 

Pourtant moi aussi je les avais ignorés. POURQUOI ? La honte ? L’ignorance du sujet ? Ne pas savoir comment aborder le sujet ? Toujours est- il que je n’ai rien dit.

 

Nous l’avons envoyé se soigner seul. Une fois de plus nous l’avons traité comme un paria.

 

Nous ne nous sommes pas préoccupés de savoir si quelqu’un pouvais nous recevoir pour nous faire comprendre. Si nous pouvions avoir une conférence ou autre pour nous faire comprendre qu’il était malade. Que l’alcoolisme est une MALADIE.

 

 

 

Les familles des malades du sida, du cancer sont accompagnées pour aider les leurs à se battre pour vaincre la maladie. Pour la connaître. On leur explique comment soutenir et encourager les leurs. Et comment l’abordé entre eux, que cela ne devienne plus un sujet tabou. Car ce qui n’est plus tabou peut-être surmonté.

 

POURQUOI ce n’est pas le cas pour nous.

 

POURQUOI tout est encore si secret dans cette maladie.

 



 

Je t’ai laissé te démerder avec tes problèmes, seul avec des étrangers.

 

Une fois de plus j’ai fait l’hypocrite, comme si cela ne me concernait pas.

 

Moi qui te voyais faible et moi forte.

 

En fait c’est toi qui est fort, d’essayer de te soigner et moi qui suis faible de te demander de loin si tout va bien au lieu de participer activement à ta guérison.